En feuilletant les archives et les chroniques anciennes, on découvre un fil rouge trop souvent méconnu : la place centrale tenue par des femmes aux rôles multiples dans la construction de la civilisation islamique. De la mécène qui fonde une université à la narratrice qui façonne l’imaginaire, en passant par la combattante, la savante et la mystique, ces figures ont modelé les institutions, la pensée et le vivre-ensemble. Le recteur Chems-eddine Hafiz a rappelé en 2025, par la publication d’un ouvrage collectif, combien ces trajectoires méritent d’être remises au premier plan.
Layla, historienne fictive et fil conducteur de ce texte, parcourt les bibliothèques de Fès à Cordoue, de Médine à Bagdad, pour retracer des vies exemplaires : Khadija, première soutien et mécène ; Aïcha, grande transmettrice de hadiths ; Fatima, incarnation de la descendance et de l’éthique familiale ; Fatima al-Fihri, fondatrice d’une institution académique ; Rabi’a al-Adawiyya, maître de la dévotion ; Shahrazade, artiste de la parole. Ce panorama ne se limite pas à la louange : il interroge aussi la manière dont les sociétés contemporaines s’inspirent de ces héritages pour repenser les rapports de genre et la place des femmes en 2026.
Les grandes figures féminines qui ont marqué l’histoire de l’islam : les compagnes et les premières actrices de la communauté
Dans les premières décennies de l’islam, les femmes occupent des positions décisives et variées qui vont bien au-delà des descriptions stéréotypées. Layla, en feuilletant un manuscrit du VIIe siècle, est frappée par la fréquence des mentions de femmes intervenant dans des affaires spirituelles, sociales et militaires. Parmi elles, Khadija apparaît comme la première croyante et le pilier financier et moral du mouvement naissant. Sa position de femme d’affaires et mécène a offert au Prophète Muhammad ﷺ un espace de sécurité indispensable aux débuts de la prédication.
Autre figure clef, Aïcha bint Abou Bakr joue un rôle central dans la transmission du savoir : narratrice d’un grand nombre de hadiths, elle devient une référence juridique et théologique. Les savants ont longtemps utilisé ses récits pour fonder des règles de droit et des principes éthiques. Aïcha illustre la manière dont l’autorité scientifique pouvait, dès l’origine, être exercée par une femme.
La figure de Fatima, fille du Prophète, combine héritage spirituel et implications politiques. Sa maison est un lieu de référence morale, et sa biographie inspire des générations sur la vertu et la responsabilité familiale.
Le courage est incarné par des personnages comme Nusaybah bint Ka’ab (également nommée Umm Ammara dans certaines sources), combattante à la bataille d’Uhud. Elle illustre que la participation aux combats n’était pas strictement réservée aux hommes : son témoignage matériel sur le champ de bataille figure dans de nombreuses chroniques et montre une présence active et reconnue.
Exemples concrets et anecdotes
Une anecdote rapportée par Layla concerne Asma bint Abou Bakr, qui prit part à la migration (hijra) pour aider à dissimuler et ravitailler le Prophète. Ce geste, raconté et célébré dans les sources, symbolise la prise de risque et l’engagement personnel.
La première martyre de la communauté, Soumayyah bint Khayyat, est également une figure fondatrice : son sacrifice a servi de point d’appui pour la mémoire collective. Dans les récits hagiographiques, sa résistance face à la persécution devient une source d’inspiration pour les générations suivantes.
En examinant les rôles collectifs, on trouve Umm Salama, conseillère du Prophète lors d’un moment de crise politique autour du traité d’Hudaybiyya : sa parole apaise et propose des solutions pratiques qui seront suivies. Sa capacité de conseil montre l’influence politique indirecte mais puissante des épouses du Prophète.
Ces portraits démontrent que, dès l’origine, les femmes ont été des piliers chez lesquelles la communauté puise autorité, savoir et soutien. Loin d’être des figures périphériques, elles apparaissent comme actrices à parts égales des débuts de l’histoire musulmane.
Insight clef : ces compagnes ont tracé des trajectoires pratiques et symboliques qui servent encore de références pour repenser le rôle des femmes aujourd’hui.
Les grandes figures féminines qui ont marqué l’histoire de l’islam : érudition, transmission et fondations éducatives
La transmission du savoir a fréquemment été assurée par des femmes dont l’autorité est reconnue dans les écoles et les cercles de hadith. Aïcha occupe une place majeure en tant que narratrice : son corpus de hadiths est encore cité par les juristes et théologiens. Layla suit la chaîne de transmission (isnad) et observe combien la présence féminine dans ces chaînes est constante et structurante.
Parmi les figures institutionnelles, Fatima al-Fihri est exemplaire : à Fès, elle fonde la mosquée et l’école devenues l’Université al-Qarawiyyin, un centre que certains historiens considèrent comme l’un des plus anciens du monde. Son initiative illustre la capacité d’une femme à créer un pôle éducatif durable, à la fois religieux et scientifique.
La cosmologie et l’astrolabe mélangent science et navigation ; c’est là que Mariam al-Asturlabi figure comme une innovatrice. Inventrice d’astrolabes, elle démontre la participation féminine aux sciences exactes dans les centres urbains du monde musulman.
Femmes savantes du monde andalou et moyen-oriental
Dans la péninsule ibérique, Lubna de Cordoue est connue comme secrétaire, scribe et intellectuelle à la cour d’Al-Hakam II. Ses travaux et sa gestion des bibliothèques ont contribué à la circulation des textes et au rayonnement andalou. La diversité disciplinaire est également représentée par des femmes calligraphes, traductrices et mathématiciennes actives dans les bibliothèques royales.
La mise en valeur de ces femmes suppose d’examiner les contextes sociaux : certaines époques, comme l’âge d’or andalou, offrent des opportunités accrues, tandis que des périodes plus fragiles réduisent ces marges d’action. Néanmoins, le fil de la transmission se maintient grâce à des réseaux familiaux et institutionnels.
Pour rendre compte de cette pluralité, voici un tableau synthétique des figures et de leurs contributions :
| Nom | Époque | Rôle | Contribution principale |
|---|---|---|---|
| Aïcha | VIIe siècle | Narratrice, juriste | Transmission de hadiths et enseignement |
| Fatima al-Fihri | IXe siècle | Mécène, fondatrice | Fondation de l’université de Fès (al-Qarawiyyin) |
| Mariam al-Asturlabi | Xe siècle | Scientifique | Construction d’astrolabes, contributions en astronomie |
| Lubna de Cordoue | Xe siècle | Scribe, bibliothécaire | Gestion de collections et diffusion du savoir |
Liste des fonctions courantes exercées par ces femmes savantes
- Transmettrices de hadiths et enseignantes dans les mosquées.
- Fondatrices et mécènes d’établissements d’enseignement.
- Traductrices et scribes assurant la circulation des textes.
- Scientifiques travaillant en astronomie, mathématiques et médecine.
Ces rôles montrent que la science et l’érudition n’étaient pas des monopoles masculins. L’histoire révèle une continuité de l’engagement féminin dans l’espace académique.
Insight clef : la mémoire éducative portée par ces femmes sert aujourd’hui d’argument pour promouvoir un accès égalitaire au savoir et rappeler la profondeur historique de ce droit.
Les grandes figures féminines qui ont marqué l’histoire de l’islam : femmes combattantes et actrices politiques
La lecture des sources militaires et politiques montre des interventions féminines décisives. Layla examine des récits où des femmes prennent les armes, dirigent des secours ou conseillent lors de négociations cruciales. La figure de Nusaybah bint Ka’ab demeure emblématique : présente à la bataille d’Uhud, elle défend le Prophète et sauve des vies, un fait rapporté dans de nombreuses biographies militaires.
Un autre exemple est Umm Ammara (parfois identifiée à Nusaybah dans certaines sources), qui participa directement aux combats et subit des blessures pour la défense de la communauté. Ces récits démontrent que la participation militaire était possible et reconnue.
Le rôle politique apparaît aussi au travers de femmes conseillères et diplomates. Umm Salama, en conseillant le Prophète lors du traité d’Hudaybiyya, illustre l’efficacité d’une sagesse féminine dans la résolution de crises. Son conseil permit d’éviter une désunion plus profonde au sein de la communauté.
Cas d’étude : Zaynab bint Ali et la parole publique
La présence publique de Zaynab bint Ali après la tragédie de Karbala constitue un cas d’école de leadership moral et politique. Son discours et son rôle de relais dans la transmission de la mémoire ont contribué à structurer un discours politique durable. Zaynab apparaît comme une femme qui, malgré le deuil et la défaite militaire, transforme la douleur en une action mémorielle et en une dénonciation publique.
Parfois, le rôle militaire se transforme en geste symbolique. Umm Hakim, mentionnée comme ayant tué plusieurs ennemis pour venger un mari, montre comment des actes individuels pouvaient acquérir une valeur politique et mémorielle forte.
Ces exemples posent une question pratique : comment intégrer ces modèles dans les discussions contemporaines sur la participation politique des femmes ? Les réponses tiennent autant à l’interprétation des sources qu’à la volonté des sociétés de reconnaître des précédents historiques.
Insight clef : l’exemple de ces femmes combattantes et conseillères rappelle que la capacité d’intervention publique a des racines historiques solides et réoriente le débat contemporain sur la place des femmes en politique.
Les grandes figures féminines qui ont marqué l’histoire de l’islam : spiritualité, poésie et transmission culturelle
La vie spirituelle et la création littéraire ont été fortement marquées par des voix féminines qui ont façonné l’imaginaire religieux et culturel. Rabi’a al-Adawiyya est l’une des figures majeures : mystique de la fin du VIIIe siècle, elle développe une théologie de l’amour divin (al-mahabba) qui bouleverse la lecture utilitariste de la dévotion. Ses prières et aphorismes inspirent encore les cercles soufis contemporains.
La puissance narrative se manifeste aussi avec Shahrazade, figure légendaire des Mille et Une Nuits. Bien que composite et littéraire, son rôle symbolique est profond : en racontant, elle sauve des vies et montre le pouvoir de la parole et de la ruse féminine. Shahrazade incarne la capacité à transformer le récit en instrument de survie et de pédagogie sociale.
Poétesses et lettrées participent à la diffusion culturelle. Layla se rappelle d’un manuscrit contenant des qasidas signées de femmes andalouses et orientales, où se mêlent amour, spiritualité et critique sociale.
Transmission culturelle et modernité
La manière dont ces voix ont été conservées varie : certaines œuvres ont circulé largement, d’autres ont subsisté seulement dans des citations. Néanmoins, la continuité est visible. À l’aube de 2026, des festivals littéraires et des colloques universitaires rendent hommage à ces figures et réinterprètent leurs textes à la lumière des enjeux contemporains.
La renommée de Shahrazade a été invoquée dans des projets artistiques modernes : théâtre, podcasts et productions audiovisuelles réutilisent son archétype pour discuter de la parole des femmes dans l’espace public.
La spiritualité féminine n’est pas seulement un objet de nostalgie : elle nourrit des pratiques contemporaines de méditation et d’éthique. Les écoles soufies et certains mouvements féminins puisent dans ces héritages pour proposer des lectures égalitaires de la dévotion.
Insight clef : la spiritualité et la culture portées par ces femmes constituent un réservoir vivant d’inspiration pour les pratiques religieuses et artistiques contemporaines.
Les grandes figures féminines qui ont marqué l’histoire de l’islam : héritage contemporain, droits et propositions pour 2026
Interroger l’héritage des grandes figures féminines implique de connecter passé et présent. Le verset coranique souvent cité dans ce débat, Coran 33:35, affirme une égalité idéologique entre hommes et femmes en terme de récompense spirituelle. Cette référence est un socle théologique pour les réformes contemporaines.
En 2025, la publication dirigée par le recteur Chems-eddine Hafiz a relancé le débat public en mettant en lumière ces parcours. Layla s’appuie sur ce corpus pour élaborer des propositions concrètes : inclusion de manuels historiques non genrés dans les cursus, fondation de chaires dédiées aux études de genre dans les universités islamiques, et création de prix académiques en mémoire de Fatima al-Fihri.
Des actions politiques existent déjà : certaines municipalités et institutions culturelles organisent des commémorations, tandis que des ONG promeuvent l’accès à l’éducation des filles dans des zones vulnérables. Ces initiatives s’appuient sur des modèles historiques pour légitimer des réformes contemporaines.
Recommandations pratiques et pistes d’action
Voici une liste de recommandations tirées de l’analyse historique et des besoins actuels :
- Intégrer l’étude des contributions féminines dans les programmes scolaires et universitaires.
- Créer des bourses et des chaires portant le nom des grandes figures comme Fatima al-Fihri ou Mariam al-Asturlabi.
- Encourager la recherche multi-disciplinaire liant histoire, droit et sciences sociales pour réélaborer des politiques publiques.
- Soutenir des projets culturels (théâtre, podcasts, expositions) qui racontent ces vies pour un large public.
Enfin, la figure de Shahrazade rappelle l’importance du récit public : la réécriture et la réappropriation de ces histoires sont des leviers puissants pour faire évoluer les mentalités. En 2026, l’enjeu n’est pas seulement de reconnaître ces femmes, mais de transformer cette reconnaissance en actions éducatives et institutionnelles durables.
Insight clef : l’actualisation de ces héritages historiques est une condition nécessaire pour penser des réformes effectives et durables en faveur de l’égalité réelle.
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